Eco-production

Qu’est-ce que l’éco-production ?

 

Il s’agit d’engager des actions visant à réduire l’impact environnemental de la fabrication d’une œuvre cinéma ou audiovisuelle.

 

L’objectif est de participer à l’effort national de réduction de l’empreinte carbone sur lequel la France s’est engagée lors de la COP 21 de 2015.

 

C’est aussi adopter les comportements adéquats pour préserver les ressources (devenues de plus en plus rares) et les milieux naturels (devenus de plus en plus fragiles).

 

Déployer des actions d’éco-production, c’est modifier des habitudes de travail séculaires. Cela nécessite donc une attention particulière au facteur humain et la mise en place d’un véritable management de la conduite du changement.

 

Par extension, l’éco-production est souvent associée aux questions plus globales de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), la RSE désignant la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable (voir les informations du Ministère de l’Economie et des Finances sur la RSE).

 

Un cadre réglementaire incitatif

 

Un certain nombre d’obligations nécessitent de se pencher concrètement sur la mise en place d’actions d’éco-production.

 

1. Réglementation sectorielle via le CNC : le bilan carbone obligatoire

 

Tout projet qui demande une aide du CNC doit fournir un bilan carbone provisoire, au tout début de la production, puis un bilan définitif à l’achèvement de celle-ci.

Ce bilan carbone indique le nombre de tonnes carbone émis par le projet (mesuré en tCO2e) ainsi que la répartition des émissions selon les grands postes d’émission.

Cette obligation ne doit pas réduire l’éco-production à l’établissement de tableaux et de reporting. La collecte de données est certes importante pour pouvoir mesurer l’empreinte carbone mais la finalité est surtout la mise en place d’actions pour réduire concrètement son impact environnemental.

 

Pour établir le bilan carbone, plusieurs calculateurs ont été homologués par le CNC. Les calculateurs à utiliser sont spécifiques au type de projet fabriqué (se reporter à la page Internet dédiée du CNC ).

 

Conseil : lorsque l’on commence à établir des bilans carbone, il n’est pas facile de juger si, avec les résultats obtenus, le projet est dans une norme correcte ou non.

 

La collecte des données, qui a débuté depuis janvier 2024, permet d’avoir désormais une idée de l’impact carbone moyen par type de projet et de voir comment se répartit cet impact entre les différents postes d’émission.

Pour plus d’informations à ce sujet, voir le rapport « Carbon’Clap et Label Ecoprod 2024 ».

 

2. Réglementation nationale

 

• Depuis le 1er janvier 2024, obligation légale de trier à la source les biodéchets

Voir la page du Ministère de la Transition Ecologique.

 

Nécessite la mise en place impérative du tri des déchets sur les plateaux.

Par extension, il faut réfléchir comment réduire le plus en amont possible la production de déchets

(démarche ERRR « Eviter / Réduire / Réparer / Recycler »).

 

• La mise en place de ZFE (Zones à Faibles Emissions) :

 

Nécessite de réfléchir aux enjeux de mobilité, en tentant de réduire le plus possible les déplacements et lorsqu’ils sont nécessaires, en privilégiant le plus possible des moyens de locomotion doux (marche, vélo, transports en commun).

 

Si des véhicules sont nécessaires, favoriser des motorisations moins émettrices en carbone (électrique, hybride).

 

• Les restrictions de plus en plus courantes sur l’utilisation des groupes électrogènes en ville :

 

Utiliser le plus possible des branchements forains, des groupes électriques et / ou de petites unités mobiles électriques ainsi que des équipements alimentés directement sur batteries.

 

• Renforcement des lois pour la protection de l’environnement et des pénalités en cas de dégradations (voir titre VII de la 7 LOI n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets ).

 

Nécessite une attention particulière pour les tournages situés en milieux naturels.

 

Un process très détaillé a été élaboré par EcoProd (voir la fiche « Tournage en milieux naturels »).

 

3. Réglementation internationale

 

Dans le cadre de co-productions internationales et de productions exécutives, un reporting et des actions en éco-production peuvent s’imposer.

C’est notamment le cas avec les plateformes américaines (calculateur PEAR et référentiel PEACH + du Green Production Guide) et pour les projets anglo-saxons (calculateur Albert au Royaume-Uni).

Les coproductions entre pays européens sont elles aussi de plus en plus concernées. Les aides financières nationales sont régulièrement adossées au respect d’obligations réglementaires liées à l’éco-production (se renseigner auprès de ses coproducteurs).

 

Méthodologie de travail

 

1. Quelques principes fondamentaux

 

Plus l’éco-production est réfléchie en amont, plus les démarches vertueuses pourront se déployer sur l’ensemble des étapes d’un projet :

  •  penser l’éco-production depuis le scénario (lecture environnementale, inclusion de sujets écologiques…) jusqu’à la promotion de l’œuvre (déplacements en mobilité douce) et de sa diffusion (choix de formats numériques adaptés).
  • démarrer la réflexion sur l’éco-production le plus tôt possible dans la phase de  préparation :

Un temps de préparation suffisant permet de mieux réussir la mise en place d’actions concrètes et impactantes. 

  • recueillir l’adhésion de la plus grande partie possible de l’équipe, avec l’engagement de trois parties prenantes essentielles à une pleine réussite :
  1. la production ;
  2. le / la réalisateur.trice ;
  3. les talents.

Ces acteurs ont valeur d’exemplarité et sans leur soutien, il peut s’avérer compliqué de mener à bien des mesures d’éco-production autres que purement comptables… 

 

Conseil : Consultez le guide de l’éco réalisation (conception Ecoprod / La SRF) pour appréhender concrètement la démarche du point de vue de la réalisation.

 

  •  initier une démarche d’éco-production qui soit non pas sous une forme hiérarchique mais transverse, collégiale et participative

Favoriser l’implication de chacun.e dans une préoccupation de bien-être général au travail.

 

2. Les 5 étapes de la méthodologie d’éco-production 

 

a. Analyse de l’impact d’un projet : à chaque étape de fabrication, comprendre son empreinte carbone et son impact sur les ressources et la biodiversité.

 

b. Définition d’une stratégie d’éco-production : dégager 2 ou 3  objectifs prioritaires en fonction de l’analyse d’impact effectuée. 

 

c. Construction du plan d’action : définir, avec les chefs de poste, les mesures à mettre en place et les moyens d’action (feuille de route).

 

d. Mise en place du plan d’action : piloter la démarche et l’implication des équipes et adapter, si besoin, les actions à la réalité du déroulement du tournage et de la post production.

 

e. Bilan et valorisation de la démarche : évaluer les actions mises en œuvre (bilans quantitatifs et qualitatifs) et communiquer sur les résultats aux équipes, partenaires financiers, collectivités et à toutes les parties prenantes du film.

 

Conseil : il est grandement recommandé d’utiliser le référentiel du Label EcoProd pour élaborer sa feuille de route, même si vous ne visez pas l’obtention du label.

La liste des critères du Label permet de tracer un schéma directeur de travail autour des sujets d’éco-production.

 

Accompagner l’éco-production

 

1. Un nouveau métier

 

Depuis quelques années est apparu un nouveau métier dont la dénomination officielle est à présent « coordinateur.trice d’éco-production ». Cette personne est désignée pour une mission précise : définir une stratégie d’éco-production et accompagner la mise en place de l’ensemble des actions qui en découle. 

 

Nota bene : le terme « éco-réferent.e » est dorénavant appliqué à un membre de l’équipe qui, en plus de son poste, accepte de prendre en charge certaines missions de l’éco-production (collecte de données, sensibilisation, observation de la bonne mise en place et de l’efficacité des actions…).

Pour plus de clarté dans les fonctions, les appelations d’éco-manager ou de chargé.e d’éco-production sont appelées à disparaître.

 

Conseil : si vous souhaitez recruter un.e coordinateur.trice d’éco-production et en attendant que ce poste soit intégré à la convention collective du cinéma (négociations en cours), il est recommandé de l’intégrer à l’équipe production comme assistant.e de production au lieu de l’associer à l’équipe régie.

Plutôt que d’être assimilé à un.e régisseur.euse qui aurait en plus pour tâche de gérer l’éco-production, il sera intégré à la RSE de production et sa priorité ne sera plus la régie mais la prise en charge globale de l’accompagnement des actions d’éco-production. Ce qui n’empêche pas, si la disponibilité le lui permet, que le / la coordinateur.trice d’éco-production puisse ponctuellement renforcer l’équipe régie.

 

2. Le choix de l’accompagnement en éco-production

 

Pour la mise en œuvre d’actions en éco-production, plusieurs possibilités se présentent :

 

a. Piloter seul, en interne, la démarche en s’appuyant sur les équipes existantes, sans recrutement supplémentaire.

Limite : il est souvent difficile de pousser très loin les actions en éco-production par manque de temps disponible.

 

b. Recruter un.e coordinateur.trice d’éco-production pour prendre en charge la mise en place de l’éco-production. En fonction des moyens, des spécificités du projet (tournage en milieu naturel, figuration importante, nombre de décors…) et de l’ampleur des actions souhaitées, cette personne peut être embauchée en temps complet ou en temps partiel.

 

Le temps partiel est souvent adéquat sur le temps de la préparation.

 

Le temps complet peut se concevoir sur le tournage si la personne a une charge de travail importante et / ou si elle peut venir ponctuellement en renfort des équipes plateau.

 

Ce choix de recrutement permet de piloter de manière autonome et individualisée les mesures que l’on veut mettre en application.

 

c. Déléguer l’éco-production à un prestataire extérieur

 

Deux acteurs majeurs sont aujourd’hui présents sur le marché :

Flying SECOYA

A BETTER PROD

 

L’étendue de la prestation et des responsabilités confiées sont à définir au cas par cas avec le prestataire choisi.

 

Attention : EcoProd n’est pas un prestataire, c’est une association. Elle fournit un ensemble de conseils et de ressources mais ne se substitue pas à la production pour la mise en place de ses actions en éco-production.

 

Conseils : si cela est possible, il nous semble important qu’une personne soit spécifiquement dédiée à la gestion de l’éco-production.

Sans coordinateur.trice d’éco-production, il y a un risque de ne pas pouvoir concevoir d’actions véritablement impactantes et de ne se concentrer que sur la collecte de données, certes assez chronophage mais qui ne représente, finalement, qu’un aspect purement quantitatif de l’éco production d’un film (mesure de l’impact carbone).

Par ailleurs, il nous semble plus opportun d’opter pour un recrutement en interne pour gérer l’éco-production plutôt que d’en déléguer la responsabilité à un prestataire.

 

3. Les outils complémentaires d’accompagnement à l’éco-production

 

a. Les formations

 

Pour bien appréhender et prendre en main les sujets d’éco-production, il est recommandé de se former individuellement et d’inciter à la formation des équipes. 

Vous pouvez retrouver plusieurs propositions de formation sur le site d’EcoProd.

 

Nota bene : le pourcentage de membres de l’équipe formés fait partie des critères d’obtention de la prime RSE + du CNC.

 

b. Les logiciels dédiés

 

De nombreux outils informatiques se développent pour aider à la collecte des données.

Le logiciel le plus complet aujourd’hui est sûrement celui de THE GREEN SHOT. Il intègre les paramètres de plusieurs calculateurs de différents organismes et pays, ce qui permet de compiler aisément les données attendues par chaque calculateur.

Voir le site internet de THE GREEN SHOT.

 

c. Les bases de données

 

Elles peuvent s’avérer utiles pour contacter des éco-référents.tes et / ou des fournisseurs éco-responsables :

 

ACCEPTE (Association des Coordinateurs et Coordinatrices en Eco Production pour la Transition Ecologique (site Internet en construction)).

 

Annuaire EcoProd d’Eco-référents.

 

Annuaire de prestataires.

 

En local, il peut aussi être utile de faire appel aux bureaux d’accueil des tournages régionaux.

 

d. Les sites internet et collectifs supports

Ils peuvent fournir différents conseils, guides, astuces et fiches pratiques pour conduire des actions en éco-production:

 

EcoProd

Site très complet qui propose de nombreuses fiches pratiques par département.

• Le collectif CUT

• Le collectif LES TOILES VERTES

 

Les enjeux financiers de l’éco-production

 

1. Le coût de l’éco-production

 

Le sujet est forcément sensible puisqu’embaucher une personne ou engager un prestataire pour gérer l’éco-production est une ligne budgétaire supplémentaire.

En moyenne, il a été établi que le coût de l’éco-production se situait entre 0 et 1% d’un budget. Oeuvrer vraiment en éco-production, c’est favoriser plus de sobriété dans les achats et les dépenses. Par ailleurs, si la démarche est bien anticipée, nous sommes persuadés que le coût humain supplémentaire nécessaire à l’éco-production est compensé par les économies faites sur d’autres lignes budgétaires. A minima, le projet aurait un coût égal (en comparaison d’un budget où aucune action d’éco-production n’aurait était engagée), au mieux son coût global pourra être diminué, avec en sus un bénéfice sociétal et environnement mesurable.

Par ailleurs, il faut désormais aussi prendre en compte les incitations financières qui peuvent compenser le « surinvestissement » parfois engendré par l’éco-production.

 

2. Les incitations financières à l’éco-production

 

Depuis quelques années, il existe des bonus accordés pour des projets ayant pu respecter un certain nombre de critères en éco-production. C’est le cas des régions Ile de France et Corse.

Ces dispositifs tendent à s’étendre et, en France, deux nouvelles incitations sont entrées en vigueur en 2025 :

 

a. La prime RSE + du CNC

 

Cette prime est d’un montant fixe de 28.000 € par projet. Elle est pour l’instant limitée à la fiction longue en cinéma et en audiovisuel (séries incluses).

Elle est accordée à l’achèvement du projet si celui-ci a respecté les niveaux 1 et 2 des critères du référentiel AFNOR Spec.

Pour le détail des modalités de la prime RSE +, se référer à la page Internet du CNC .

Prime RSE

Sur cette page se trouve également le détail des obligations liées à la certification AFNOR.

 

b. La prime Cofiloisirs

 

Jusqu’en 2030, Cofiloisirs va accorder une prime de 20.000 € à 5 projets par an.

Le choix des projets lauréats se fera en fonction des scores les plus hauts obtenus au label EcoProd.

Pour le détail des modalités de cette prime, se référer à la page Internet de Cofiloisirs.

 

 

( Dossier mis à jour en Janvier 2026)

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